Dans ce havre de paix, à l’autre bout du monde

26 juin 2019

Voilà déjà trois étés d’affilée que je m’aventure en Gaspésie, depuis mon immigration à Montréal. Si mon baptême se fit dans le massif des monts Chic-chocs, je pris la route l’année suivante jusqu’au village côtier de Percé, afin de m’enivrer de l’air marin en cette « fin des terres » encore inexplorée par de nombreux québécois.

Mais cette fois-ci, il me fallait ajouter un défi supplémentaire pour rendre ce périple aussi palpitant qu’une promesse rapprochant un être de la demeure de ses fantasmes. C’est donc avec une grande hâte que je m’élançai sur le parcours du Gaspesia 100 – soit un total de 106 km à parcourir dans un cadre maritime aussi enchanteur que nuancé, entre mer et montagnes. Comme toujours, l’occasion me fut ainsi donnée d’en apprendre davantage sur mes aspirations, bien au-delà de la simple dimension sportive.

La nature est un miroir, et la course mon allumoir

Si le jour précédant l’épreuve, les intempéries rendirent les foules craintives, cela ne suffit pas à refréner mon enthousiasme. Face à la puissance des éléments qui dans leur rudesse peignèrent une atmosphère quelque peu romanesque, nous plongeâmes dans un décor digne d’une œuvre de Caspar David Friedrich. En faire mention suppose pour ma part d’avouer, et d’assumer, un penchant inébranlable pour toutes formes d’expressions mélancoliques. Et pourquoi donc m’en cacherais-je lorsque je me plais à observer l’aube naître d’un abîme, et le bonheur véritable éclore dans un écrin de polarité ?

Tel un homme sans racine – ou du moins les ai-je volontairement ensevelies sous terre des années durant pour m’élever d’un vierge terreau – je reste dans la quête perpétuelle d’une identité, si ce n’est d’une vie nouvelle. Un éternel recommencement où seule une vie contemplative perdure.

Lors de cet ultra-trail, le terrain ne fut pas des plus accessibles, bien au contraire. Plus que la technicité, ce sont les conditions générales (état du sol et obstacles divers) qui contrarièrent ma progression à travers la forêt gaspésienne. Et même si je passai fièrement la ligne d’arrivée au milieu de la nuit, j’en sortis blessé et physiquement esquinté. Malgré le doute et la douleur, sans cesse fus-je néanmoins ramené aux étendues maritimes, que ce soit par la vue vertigineuse offerte aux sommets des montagnes, ou bien sur la plage de Coin du Banc. Un site inoubliable.

Puisse l’avenir rayonner pour ceux qui en suivent la trace

Si les sports de combats me conditionnent pour vaincre, la course en nature m’apprend quant à elle à m’incliner. Je le conçois, y adhère par résilience et m’y résigne enfin. Boitant à l’arrivée tel un ivrogne gorgé d’air marin, et succombant aux rugissements poétiques d’un fragment de lune, je m’efforçai de garder précieusement à l’esprit que l’Amour est un phare qui éclaire dans les méandres d’un cœur plein. Il serait peu dire qu’en mes veines, coule une encre saline à m’en mouiller les paupières, devant ce petit bout de Gaspésie où sans doute ai-je trouvé ma lumière. Étrangement, je me sentis enfin chez moi, prêt à jeter l’ancre en ces lieux profondément romantiques où les éléments se joignent pour me conter le large, et mettre en exil le poids d’un passé devenu léger.

De l’écume à la cime, les vagues m’auraient-elles délicatement porté jusqu’aux sentiers de la contemplation ? Après tout, ne sommes-nous pas tous faits pour lever les yeux vers les étoiles, et nous noyer dans de célestes rivages ? Qu’y a-t-il donc de plus fascinant que la vie brute et sauvage que nous avons quittée, pour la plupart d’entre nous, mais qui instinctivement nous habite encore ? Le trail nous le rappelle parfois.

Quelques jours plus tard, alors que j’étais de passage en France, je retrouvai la ville de Bordeaux qui, après que j’aie autrefois vécu à Paris, devint ma ville de cœur et d’adoption. Dans les ruelles d’un quartier où le charme des échoppes et de la pierre me firent l’effet d’une madeleine de Proust, la nostalgie m’envahit. Pourtant, je pris par la même occasion conscience que ma place était ailleurs, et que mon destin se dessinait dorénavant outre-Atlantique.

Non par hasard, avais-je couru aussi loin…

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