Lettres aux poings : un retour aux sources

15 janvier 2019

Après une mûre réflexion, je prends cette année une décision hautement symbolique, dont le terreau fait germer les pousses de mes premiers amours : la boxe et la littérature. Car bien avant d’être un coureur d’ultra-trail, d’autres flammes m’ont animé par le passé. Entre rigueur et créativité, le temps semble être venu pour moi de cheminer vers le commencement.
Au-delà de toutes performances, voici donc ma conception de l’athlète véritable ; celui qui ne saurait tromper ni mentir, pour que puisse vaincre l’authenticité. Grandir à travers ce que l’on est ou deviendra, et surtout rester fidèle aux disciplines – s’en nourrir même – qui nous ont forgés dès le plus jeune âge.

Invoquer ses origines, après les avoir bravées, n’est-ce point là le signe d’une maturité acquise au fil des ans, et d’une identité réconciliée ?

Se dépasser pour exister : une synergie du corps et de l’esprit

La littérature a bercé mon adolescence ; des récits de voyage initiatiques aux essais existentialistes, en passant naturellement par le roman et la poésie qui ne cessèrent d’embraser mon imaginaire et l’horizon des possibles. Certains auteurs ont eu une influence majeure sur le jeune gars de banlieue dont j’endurais la condition. Je pense notamment à Albert Camus, Victor Hugo, Émile Zola, Arthur Rimbaud, Boris Vian, Jack Kerouac, ou encore Henry David Thoreau pour ne citer qu’eux… Du haut de ma tour HLM, il me fallut apprendre à regarder le ciel pour m’abreuver de ses lumières ; et me libérer ainsi jour après jour des déterminismes pesants – cette gangrène sociale. Les routes empruntées furent incertaines et ponctuées d’élans passionnels, mais toujours déterminées. Et je me réclame aujourd’hui d’un tel vécu ! Bien que l’équation de départ n’en prédise pas toujours l’issue, j’ai le sentiment qu’elle y subsiste de manière quasi-inéluctable. Loin d’un vestige, il s’agit donc d’un héritage que je ne saurais aujourd’hui renier.

Ainsi, si les lettres apparurent à mes yeux comme une porte ouverte sur le monde et l’avenir, l’apprentissage de la boxe m’apprit à canaliser un puissant flot d’énergie et d’émotions, et d’appréhender ce qu’est une lutte intérieure et mentale. Il y a dans ce sport une beauté dans les gestes, les postures et les enchaînements que mes mots ne s’attarderont pas à traduire. Non pas que l’exercice soit délicat, mais voyez-y plutôt une part d’irrationnel qui possiblement n’engage que moi.
Kickboxing, Muay Thaï et boxe française, ou « savate », voici les sports de combat auxquels j’ai eu la chance d’être autrefois initié, dans un cadre amateur et non compétitif. Ceci explique sans doute pourquoi, un goût d’inachevé me resta en travers de la gorge durant des lustres. Alors, plus de 10 ans après, j’ose enfin m’essayer au noble art ; à savoir la boxe anglaise.

Courir comme on boxe, sur les sentiers comme sur un ring

Pour un coureur de trail adepte des longues distances qui s’épanouit sur les sentiers depuis plusieurs années, s’exerçant quotidiennement par amour de la course mais aussi par souci du kilométrage, et profitant à bon escient de l’entraînement croisé pour mieux quantifier l’effort, le fait d’intégrer des entraînements de boxe à son planning peut toutefois relever du défi. Connaissant l’engagement physique requis, je n’ai d’autre choix que de remplacer mes séances de renforcement par ces nouvelles heures de frappe et de pliométrie qui, je le sais d’ores et déjà, me mettront à rude épreuve. Néanmoins, un tel cocktail d’endurance et d’explosivité devrait porter ses fruits sur le plan musculaire et cardiovasculaire.

La présente initiative va de pair avec mon inscription à des ateliers de composition littéraire – une première étape dans cette quête qui consiste à me réapproprier un espace mental destiné à l’écriture dans mon quotidien. Observer ce qui nous entoure, palper l’indicible, accueillir l’inspiration, révéler la vie et en sublimer sa prose… qu’il en soit ainsi. J’en viens parfois à penser que courir en nature n’est autre qu’un acte purement créatif, où respiration et contemplation offrent une connexion au monde et avec soi ; et qu’il en va de même avec le boxeur qui, dans une élégance brute de combattant, doit faire face à l’adversaire invisible par lequel il est habité – reflet de son intériorité. Courir comme on boxe, et boxer comme on court, car au fond le terrain, ring ou sentier, n’est qu’un prétexte pour avancer.

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