Prose des longues distances

      N’étais-je autrefois que poussière, dans la cité naufragère ? Venus de mille lieux comme de mille songes, ainsi furent échus mes rêves et leur immensité. Tant de lunes ai-je fixées du regard, qu’il me faut dorénavant en poursuivre la trajectoire, les bras tendus vers le ciel. Ressentir l’ivresse des aurores et la mélancolie des dunes, le sublime et la noirceur dans le creux des mains. Alors, tel un cœur cherchant le souffle sur des sentiers incertains, j’enrobe le frisson de l’être et du devenir ; quand de la force au trépas, chaque route ne mène qu’à soi.

      Traversant des terres aux charmes occultes, et côtoyant l’intime adversité, je combats comme je respire. De candeur et d’éclats, mes yeux sont pleins, quand nature se révèle et que ville est lointaine. Serai-je idem du passé, ou présage d’un lendemain, quand ces kilomètres d’errance sonneront le triomphe, si ce n’est le glas ? Avec le conquérant solitaire des cimes, le trotteur ahuri des plaines ou l’indigène dément des forêts, je me confonds. Comme pour mieux contempler la blanche nuit et de grands soleils vagabonds ; le visage défait et les jambes éreintées. Oui je meurs, mais pour enfin renaître.

      Printemps larmoyants, automnes souriants, et la vie tourbillonnante. Engagé dans une lutte du corps et de l’esprit, laissant dans mon sillage quelques volutes de cet infini. Tomber, se relever, et braver les éléments tel un arbre centenaire, dont l’écorce est de jouvence. Coureur habité par l’audace et la douce folie ravageuse, je titube au gré des vents, à contre-courant, entre abandon et résurrection. Puisse la lumière m’être promise, dans cette épopée qui nous contera cette insoumise, qu’est la victoire devant la perte – une symphonie de l’immanence, à l’abreuvoir des quintessences.

      Ô fleurs de saison dont les parfums en nuances emplissent un large de ses méandres, votre métamorphose est ma partition. Une révolte à tous les temps qui se conjugue dans l’instant. À l’aube de la bataille acharnée, les bourgeons éclosent en des chemins qui bientôt, ne seront plus que contrées de la mémoire. Hier je n’étais qu’un poulain, aspirant au galop des espérances ; mais de sommets en dénivelés, un jour je serai le sage, des lointaines odyssées. Lorsque la sourde désinvolture aura cédé son trône à la grande plénitude. S’émanciper, voici ma bénédiction.

Si la course est un art, le pas marque son rythme, et ses routes sont un poème. Un précieux territoire de la pensée où jamais, les étoiles ne s’éteignent.